Archives pour la catégorie Education & comportement

L’apprentissage sans erreurs

La peur chez le chien par Cynthia Edelman

Article issu du blog Magic Clicker.

ou « errorless learning » :-D

Préambule 

L’apprentissage sans erreurs est une approche qui a été introduite Charles Ferster, psychologue, dans les années ’50 dans le cadre de recherches sur l’apprentissage.

B.F. Skinner a aussi énormément contribué au concept et a écrit : « … les erreurs ne sont pas une fonction de l’apprentissage et vice versa et elles ne doivent pas être imputées à l’apprenant. Les erreurs sont le résultat d’une piètre analyse du comportement, d’un piètre plan de shaping qui évolue trop vite d’une étape à une autre et ne se focalise pas sur les prérequis indispensables à une réussite spécifique ».

Plusieurs étudiants de Skinner ont continué sur cette lancée : en 1963, Herbert Terrace a publié une étude décrivant une expérience de discrimination de formes et couleurs avec des pigeons. Il travaillait à minimiser la réponse émotionnelle en cas d’erreur dans un apprentissage par conditionnement opérant.

… fin du préambule  :-D

Pyramid made of tick marks and yellow lamp.

Il y a très (très) longtemps, dans un cours d’agility, alors que mon jeune chien réussissait fort bien ce qu’on lui demandait, le coach du jour m’a fait monter le critère (le point de succès ou, plus simplement, notre exigence vis-à-vis de la performance du chien), à une allure telle que, rapidement, il ne pouvait que se confronter à l’échec… ce qui est évidemment arrivé et semblait réjouir le coach considérablement (contrairement à moi).

A la vue de ma mine dépitée face à cette approche, il m’a dit « comment veux-tu qu’il fasse la différence entre ce qui est juste et ce qui est faux s’il ne fait jamais faux ? Il ne peut pas faire toujours juste ».

Parce que mon coach était convaincu de travailler en « positif », il m’a suggéré de ne pas dire « non » au chien mais d’employer un autre mot comme « zut » « oups » ou « raté », selon lui moins « aversif » qu’un « non » tonitruant (ou qu’un coup de batte de baseball, on en convient aisément)  :lol:

Si on est tout à fait sincères toutefois, on veut faire tester au chien la différence entre un renforcement positif et une punition : en effet, en quelques répétions seulement, votre «oups» ou «raté» (ce qu’on appelle communément un « non reward marker » – un marqueur d’erreur) – devient une information parfaitement aversive.

Imaginez-vous acteur dans un jeu télévisé : quand vous répondez juste, on entend un «jingle » immédiatement suivi d’un billet de mille euros.

Quand, au contraire, vous répondez faux, on entend un « buzzer » et rien n’arrive.

En très peu de répétitions, le « buzzer » causera chez vous une émotion parfaitement désagréable (même si personne ne vous assène un coup de batte de baseball : dans l’absolu, si vous receviez en prime un coup de batte de baseball suite au buzzer, vous finiriez rapidement par ne plus répondre du tout).

Cette émotion précisément (frustration, irritation, dépit, tristesse, etc.) sera très vite associée au buzzer et, si elle se répète trop souvent, versus le jingle qui annonce la réussite (et le renforçateur), elle s’étendra à l’activité entière («ce jeu n’est pas drôle» ou «je suis nul»)  :-(

… et donc, mon chien, mis en situation de « essaie toujours » a, évidemment, fini par faire faux, puis encore faux et faux encore – suscitant en moi (puisque je ne vais pas parler des émotions de mon chien que je ne peux prétendre connaître), une certaine irritation envers l’activité elle-même, le coach et, admettons-le, vis-à-vis de mon chien également  :-|

Au niveau du comportement de mon chien (qui lui est observable et quantifiable) –il s’est mis à renifler le sol avec une grande attention, comme si une odeur sublime avait soudainement fait son apparition ☺ (un clair « je n’ai plus envie de jouer avec toi »).

A force « d’erreurs » induites, suivies de divers « ratés », on crée avec une touchante application une réponse conditionnée à un signal, à une activité précise (dans ce cas, l’agility), à un environnement, voir même à une personne (moi en l’occurrence).

Et, comme si ça ne suffisait pas, on crée la mémoire du comportement inapproprié.

En dessous, une intéressante vidéo du Dr. Tedd Judd, professeur de psychologie. Elle est en anglais et, si vous êtes anglophones, je vous conseille de la visionner en entier.

Je la résume pour ceux qui ne sont pas copains avec la langue de Shakespeare 

Il mentionne un de ses patients qui souffre d’une perte de mémoire suite à un accident.

Lors d’une séance, il demande au patient « vous souvenez-vous de mon nom ? » et le patient répond par la négative, il ne s’en souvient pas.

Le professeur incite donc le patient à se lancer « essayez quand même » et le patient lui répond « euh, Dr. Smith ? ».

Le praticien lui répond « non, je suis le Dr. Judd ». La séance suivante, il répète sa question «vous souvenez-vous de mon nom ? » et, encore une fois, le patient répond « non ».

Le praticien l’incite encore à « se lancer » et le patient répond « c’était pas Dr. Smith ? » et la réponse arrive « non, je suis le Dr. Judd ».

A leur troisième rencontre, le patient aperçoit le Dr. Judd et l’apostrophe allègrement «hey, bonjour Dr. Smith ».

Son cerveau a « appris » ce qu’il a le plus souvent répété, encore et encore, plutôt que la «bonne réponse ».

dommage

Je le dis souvent à mes clients : plus votre chien met en pratique un comportement et plus celui-ci devient son comportement « par défaut », celui qu’il retient (à considérer chez le chien qui déclenche et déclenche encore sur un quelconque élément de son environnement).

Quand on me répond « mais je ne peux pas l’empêcher de déclencher au jardin » (par exemple), je n’ai pas de baguette magique à vous fournir (il vous faudra limiter la visibilité du chien ou opter de ne plus le laisser seul au jardin en train d’aboyer cent millions de fois sur les passants car ce comportement spécifique, utilisé encore et encore, devient comme un muscle sur entraîné et surpassera tous les autres, moins fréquents).

barking

Prenons l’exemple de l’apprentissage d’une marche en laisse sans tirer, une des principales préoccupations de nombreux propriétaires : la plupart des procédures, méthodes et techniques (considérées comme « positives ») impliquent que le chien tire malgré tout d’abord : un comportement qu’on s’évertue ensuite à mettre sur extinction (c’est-à-dire qu’on veut faire disparaître le comportement de « tirer »), avec des résultats souvent peu probants.

dogpulling

La voie royale reste encore de rendre un comportement probable et de le renforcer(marcher à la hauteur de la cuisse de l’humain).

Dans une séance de shaping, une approche « sans erreurs » ne peut être construite sans un plan de shaping réfléchi, écrit, pensé et maintes et maintes fois revu (parfois).

think

Les gens travaillent souvent au clicker de cette manière « essayons toujours, on verra bien ce que ça donne » – ce qui est la porte (grande) ouverte à l’erreur, à la répétition de l’erreur (parfois encore et encore) et, au final, à l’irritation de l’humain qui conduit la séance…

… avec, en prime, un double effet Kiss-Cool : mémorisation de l’erreur ETréponse conditionnée frustrante à un exercice, un signal voir au travail de manière générale  :roll:

Un apprentissage sans erreurs est un but vers lequel on doit  travailler en réfléchissant à l’environnement, aux erreurs possibles (afin de les rendre improbables), pour – en définitive – réduire la difficulté et le temps d’apprentissage et, donc, construire un comportement qui, une fois rattaché à un signal, se comportera comme un renforçateur secondaire, fort de son historique de réussite et de confiance.

Happy Training ☺

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Fearful Dogs – Au sujet du chien craintif

Fearful Dogs – Au sujet du chien craintif

Debbie Jacobs – Traduit par Cynthia Edelman

Un concept qui est, parfois, difficile à véhiculer aux propriétaires : extrait de l’excellente page Facebook « Fearful Dogs » de la merveilleuse Debbie Jacobs, traduit par Cynthia Edelman pour les non anglophones 🙂

Au sujet du chien craintif…

« Pourquoi distribuer des friandises à nos chiens quand il voient, entendent, perçoivent ou reniflent quelque chose qui les préoccupe ou effraie ? Parce que nous construisons – ou modifions – les associations du chien avec cette chose, personne, objet ou événement. Nous nous focalisons sur la signification de ce déclencheur précis. Nous pouvons être cette chose qui fait peur. Une autre personne, un chien inconnu, un passant – peuvent être un déclencheur. Nous voulons leur apprendre que cette chose préoccupante – ou effrayante – prédit l’arrivée de quelque chose d’agréable (les friandises). Quelque chose de très agréable même (d’excellentes friandises). Si nous choisissons de distribuer ces friandises en échange d’un comportement spécifique, plutôt qu’à la simple apparition du déclencheur, ça peut fonctionner mais le chien sera plus focalisé sur ce comportement à exécuter que sur la chose qui l’interpelle. La friandise sera plus reliée au comportement qu’au déclencheur lui-même. L’association entre le déclencheur et la pluie de bonnes choses qui s’en suit est moins claire. Le chien ne fait plus aussi clairement la relation. Dans ce cas, si la relation entre ce qui fait peur et l’arrivée des bonnes choses n’est pas faite sans équivoque, le chien peut évoluer vers plus de réactivité et une peur accrue. Aussitôt que le chien fait cette relation – et il vous le fera savoir de manière évidente par son comportement (dis donc, où est mon fromage / jambon / lardon ?) – vous pourrez ajouter un / des comportement(s) et même pleins de comportements qui seront, à leur tour, renforcés puissamment. Cela fonctionne avec tous les chiens, avec toutes les races de chiens. »

© Debbie Jacobs – Traduit par Cynthia Edelman

Pavlov est toujours sur votre épaule 🙂 et j’ajouterais volontiers que le clicker vous donne une précision chirurgicale dans l’information 🙂

© Cynthia Edelman

Les signaux d’apaisement – L’art de survivre

Les signaux d’apaisement – L’art de survivre

Turid Rugaas © 2013
Traduit par Marina Gates Fleming

Pour les espèces qui vivent en groupe, il est important de pouvoir  communiquer avec ses congénères. Ceci tant pour permettre de coopérer lors de la chasse que d’élever leur progéniture, et peut-être le plus important : vivre en paix avec les leurs. En effet, les conflits sont dangereux – ils causent des blessures physiques et un affaiblissement du groupe, chose que le groupe ne peut se permettre car cela pourrait le mener à sa perte. Les chiens évoluent dans un monde sensoriel : sensations visuelles, olfactives, auditives. Ils perçoivent facilement les moindres détails – un signal furtif, un léger changement dans le comportement de l’autre, l’expression de nos yeux. Les animaux vivant en groupes sociaux sont tellement réceptifs aux signaux qu’un cheval peut apprendre à nous suivre à la contraction de nos pupilles et un chien peut être éduqué à répondre à une voix basse. Il n’y a pas besoin d’hurler des ordres, d’utiliser un ton grave et fâché – ce que Karen Pryor appelle « écraser une mouche avec un marteau ».

Les chiens possèdent un répertoire d’une trentaine de signaux d’apaisement, peut-être plus. Certains signaux sont utilisés de façon courante par la plupart des chiens, alors que d’autres chiens ont un « vocabulaire » étonnamment riche.  Cela varie d’un chien à l’autre.

Le problème

Les chiens utilisent ce système de communication avec les humains, tout simplement parce que c’est le langage qu’ils connaissent et qu’ils pensent que tout le monde le comprend.

En ne voyant pas les signaux d’apaisement que votre chien vous fait, en le punissant même parfois de les avoir utilisés, vous risquez de lui faire du mal. Certains chiens renonceront à l’utilisation de ces signaux d’apaisement, y compris avec leurs congénères. D’autres peuvent se sentir tellement désespérés, voire frustrés, qu’ils en deviennent agressifs, nerveux ou complètement stressés. Les chiots et jeunes chiens privés de ces signaux peuvent même se retrouver en état de choc.

Exemple typique

Papa appelle Prince d’une voix sévère pour faire comprendre à Prince qui est le chef, comme on lui a appris au cours.  Prince trouve la voix de Papa agressive et comme c’est un chien, il fait immédiatement un signal d’apaisement pour arrêter l’agressivité de Papa.  Prince va peut-être se lécher le nez, bâiller ou se détourner. Ce qui aura pour effet de vraiment mettre Papa en colère, car il percevra Prince comme un chien têtu et désobéissant. Prince est alors puni simplement pour avoir utilisé ses signaux d’apaisement pour calmer Papa.  Ceci est un exemple typique de ce qui se passe au quotidien avec de nombreux propriétaires de chiens.

Connaissances de base

Il nous faut apprendre à comprendre le langage des chiens, pour que nous puissions comprendre ce que NOS chiens nous disent. C’est le secret d’une belle vie ensemble.

Comment le chien utilise-t-il les signaux d’apaisement ?

Le bâillement

yawningVotre chien pourrait bâiller lorsque quelqu’un se penche sur lui, quand vous vous fâchez, quand il y a des cris et des disputes de famille, quand il est chez le vétérinaire, quand on marche droit sur lui ou quand il est excité plein de joie de vivre et d’impatience – par exemple devant la porte lorsque vous êtes sur le point de partir en promenade. Il peut également bâiller lorsque vous lui demandez de faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire, lors de séances d’éducation trop longues pour lui et qu’il se fatigue, lorsque vous lui dites NON s’il veut faire quelque chose que vous n’approuvez pas… Et bien d’autres situations.

Un chien nous adressera toujours des signaux d’apaisement si nous sommes « menaçants » envers lui (marcher droit vers lui, se pencher brusquement sur lui, le fixer du regard, faire des mouvements rapides etc.).   Il existe environ 30 signaux d’apaisement différents, de sorte que tous ne se servent pas du bâillement – même s’ils sont nombreux à le faire – d’autres peuvent utiliser un autre signal d’apaisement.

Tous les chiens connaissent tous les signaux. Lorsque l’un d’eux bâille et détourne la tête, le congénère à qui il adresse ce signal peut répondre en se léchant le nez et en tournant le dos ou encore faire quelque chose de  complètement différent.

Les signaux d’apaisement sont internationaux et universels. Les chiens du monde entier utilisent ce même langage. Si un chien Japonais rencontre un Elkhound vivant dans une vallée isolée de Norvège, ils n’auraient aucun problème de communication !

Se lécher le nez / les babines

lickingSe lécher le nez / les babines est également un signal d’apaisement souvent utilisé. En particulier par les chiens noirs et les chiens ayant beaucoup de poils autour du visage ainsi que tous ceux dont l’expression est difficilement visible, en comparaison aux chiens clairs, aux yeux dégagés et au long nez. Mais n’importe quel individu peut utiliser ce signal d’apaisement, tous les chiens le comprennent, même si le geste est très rapide. La petite lèche rapide sur le nez est assez facile à voir, si vous vous trouvez face au chien. Pour mieux le voir, trouvez un endroit calme et commencez par observer votre chien.  Une fois que vous serez familiarisé avec ce signal, vous serez en mesure de le déceler en promenade.

Parfois, il peut s’agir d’une lèche très rapide, la pointe de la langue est à peine visible à l’extérieur de la bouche et seulement l’espace d’une seconde. Mais les autres chiens perçoivent très bien ce signal, le comprennent et y répondent ; un signal donné reçoit toujours un signal en réponse.

Se détourner / Tourner la tête

Le chien peut tourner très légèrement la tête de côté, la tourner complètement ou se détourner entièrement, de façon à offrir son dos et sa queue au chien qu’il veut apaiser. Ceci est un des signaux que vous pourrez observer très souvent  chez les chiens.

turningSi quelqu’un approche votre chien par devant, il utilisera l’une des ces positions. Si vous semblez être en colère ou menaçant, ou encore agressif, il fera de même. Lorsque vous vous penchez sur un chien pour le caresser, il va détourner la tête ; de même si les cours d’éducation sont trop longs ou trop difficiles. Quand le chien est surpris, ou qu’il surprend quelqu’un, il se détournera rapidement. De même quand quelqu’un le fixe du regard ou se comporte de façon menaçante.

Dans la plupart des cas, ce signal d’apaisement va calmer l’autre chien. C’est un moyen formidable de résoudre des conflits et il est utilisé très souvent par tous les chiens, qu’ils soient adultes ou chiots. Laissez votre chien s’en servir ! Les chiens sont des experts pour résoudre et éviter les conflits – ils savent comment le faire.

L’appel au jeu

play bowS’abaisser sur ses pattes avant dans une posture de salut peut être une invitation au jeu, à condition que le chien bouge ses pattes d’un côté à l’autre, de façon ludique. Dans bien des cas, le chien ne bouge pas tandis qu’il s’abaisse sur ses pattes avant : il utilise ce signal pour calmer quelqu’un.  Ces signaux ont souvent un double sens et peuvent être utilisés de différentes façons – souvent l’invitation à jouer est un signal d’apaisement en lui-même parce que le chien rend une situation potentiellement dangereuse moins tendue en faisant quelque chose de « non menaçant ».

Récemment à un cours chiot, l’un d’eux a été effrayé, au début du cours, par les autres chiots. Les autres chiots l’ont alors laissé seul et ont respecté sa crainte. A la fin du cours, il a osé s’approcher d’eux. Quand il l’a fait, il a fait un appel au jeu dès qu’un autre chiot l’a regardé. Il est évident qu’il y avait là une légère peur vis-à-vis des autres, mêlée à l’envie de prendre part au jeu.

Lorsque deux chiens s’approchent l’un de l’autre trop brusquement, vous verrez que bien souvent, ils vont faire l’appel au jeu. C’est l’un des signaux les plus faciles à voir car ils vont rester dans cette position quelques instants, et vous aurez donc tout le temps de les observer.

Renifler le sol

sniffingRenifler le sol est un signal souvent utilisé. Vous le verrez beaucoup dans des groupes de chiots. Vous le verrez également lorsque vous vous promenez avec votre chien et que quelqu’un vient vers vous, ou dans des lieux très fréquentés, des endroits bruyants ou lorsque le chien rencontre un objet qu’il ne connaît pas et qu’il trouve intimidant.

Renifler le sol peut s’entendre par baisser rapidement le nez vers le sol et le relever tout de suite, ou peut-être coller le nez au sol et renifler avec persistance pendant plusieurs minutes.

Si quelqu’un s’approche de vous sur le trottoir, regardez votre chien. A-t-il baissé le nez vers le sol, même légèrement ? S’est-il tourné de côté par rapport à la personne qui s’approche, tout en reniflant le bord de la route ?

Bien entendu, le chien renifle beaucoup afin de s’informer et pour apprécier son environnement. Les chiens sont programmés pour utiliser leur nez et c’est leur activité préférée. Cela peut aussi être pour calmer – cela dépend de la situation. Soyez donc attentif quand et dans quelles situations votre chien renifle !

Marcher lentement

La vitesse sera perçue comme une menace par beaucoup de chiens et ils pourraient être tentés de vouloir aller arrêter celui qui court. C’est en partie un comportement de chasse, déclenché par la vue d’un homme ou d’un chien qui court. Si la personne qui court vient directement sur le chien, c’est une menace et le mécanisme de défense sera réveillé.

Un chien qui ne se sent pas en sécurité se déplacera lentement. Si vous souhaitez mettre un chien en confiance, vous pouvez ralentir votre allure. Quand je vois un chien réagir et me faire un signal d’apaisement, je réponds immédiatement en marchant plus lentement.

Votre chien vient-il vers vous très lentement lorsque vous l’appelez ? Si oui, vérifiez le ton de votre voix –votre ton est-il cassant ou en colère ? Cela peut suffire pour qu’il veuille vous calmer en marchant lentement. Vous êtes-vous déjà fâché quand il est venu à vous? C’est peut-être la raison pour laquelle il ne vous fait pas confiance. Une autre raison pour vous calmer serait une mise en laisse systématique à chaque rappel. Observez votre chien la prochaine fois que vous le rappelez. Vous fait-il des signaux d’apaisement en revenant vers vous ? S’il avance lentement, il vous faudra peut-être changer quelque chose dans votre façon d’agir.

S’immobiliser

S’immobiliser – le chien est complètement immobile debout, assis ou couché et reste dans cette position. Ce comportement a quelque chose à avoir avec le comportement de chasse – si la proie court, le chien attaque. Une fois la proie arrêtée, le chien s’arrête aussi. Nous voyons cela souvent quand des chiens pourchassent des chats. Ce comportement est aussi utilisé dans différentes situations. Lorsque vous vous fâchez et semblez menaçant, le chien aura souvent le réflexe de s’immobiliser, afin de vous faire revenir au calme. A d’autres moments, le chien marchera lentement, s’immobilisera et se remettra à marcher lentement. De nombreux propriétaires pensent dans ce cas qu’ils ont des chiens très obéissants, qui se tiennent immobiles debout, assis ou couché.  Alors que peut-être ils utilisent des signaux d’apaisement ? Très souvent, un chien s’arrête et reste calme lorsque quelqu’un s’approche de lui. Dans une situation comme celle-là, si votre chien tente de s’arrêter ou de marcher lentement, laissez-le faire. Aussi, si votre chien se trouve dans une situation de conflit avec un humain ou un autre chien, sans pouvoir s’échapper, s’immobiliser pourrait être le moyen de calmer l’humain ou l’autre chien.

S’asseoir / Lever une patte

Je n’ai vu que rarement des chiens lever une patte en signal d’apaisement, sauf dans quelques occasions, où en effet, cela a clairement été utilisé pour calmer un autre chien.

S’asseoir ou, signal encore plus fort, s’asseoir en tournant le dos à quelqu’un – par exemple son propriétaire – a un effet très calmant. On peut l’observer lorsqu’un chien veut calmer un autre chien qui s’approche trop vite. Certains chiens vont jusqu’à s’asseoir en tournant le dos à leur propriétaire, quand le ton de celui-ci leur semble trop cassant ou en colère.

Contourner

curvingSouvent utilisé comme signal d’apaisement, cela explique pourquoi des chiens peuvent avoir une réaction si forte quand ils sont obligés de marcher droit sur quelqu’un. Leur instinct leur dit que d’aller droit sur quelqu’un comme cela n’est pas correct – leur propriétaire dit autre chose. Le chien devient alors inquiet et se met sur la défensive. Et nous avons un chien qui aboie et s’avance brusquement vers les autres chiens, éventuellement nous avons un chien agressif.

Les chiens qui ont le choix vont se contourner. C’est ce qu’ils font naturellement quand ils ne sont pas en laisse et qu’ils se rencontrent, libres de faire les choses à leur façon. Permettez à votre chien de faire de même quand il est avec vous.

Certains ont besoin de faire de grands contournements, tandis que d’autres ont seulement besoin de marcher légèrement incurvés. Laissez votre chien décider ce qu’il doit faire pour qu’il se sente en sécurité.  Dans un deuxième temps et si vous le souhaitez, il pourra apprendre à passer plus près d’autres chiens.

Laissez votre chien contourner un chien qui vient à sa rencontre ! Ne le faites pas marcher au pied quand vous allez droit sur l’autre chien. Laissez-lui la possibilité de contourner. Si vous laissez la laisse détendue et le chien décider, bien souvent vous verrez qu’il choisira de s’éloigner plutôt que de devenir hystérique.

Pour la même raison, ne vous dirigez pas droit sur un chien, mais contournez-le. Plus le chien semblera inquiet ou agressif, plus vous accentuerez votre contournement.

D’autres signaux d’apaisement

A présent, vous connaissez quelques uns des signaux d’apaisement les plus courants. Il en existe une trentaine et il en reste beaucoup à décrire. En voici brièvement quelques-uns de plus que vous pourrez donc
observer :

Sourire. Le chien étire les coins de sa bouche vers l’arrière, ou il montre les dents comme dans un sourire.

Faire « claquer » la mâchoire / les babines 

Remuer la queue. Si un chien montre des signes d’anxiété, d’apaisement, ou quelque chose qui n’a rien à voir avec de la joie, alors la queue qui remue n’est pas une expression de bonheur mais plutôt que le chien cherche à vous calmer.

Uriner sur soi. Un chien qui tremble de peur et rampe vers son maître tout en se souillant et en agitant la queue, montre trois signaux très clairs d’apaisement – et de peur. Il voudra atteindre votre visage pour vous lécher la commissure des lèvres.

Adopter une tête ronde et lisse, avec les oreilles collées au crâne, afin de ressembler à un chiot. (Un chien croit que personne ne fera de mal à un chiot).

S’allonger ventre a terre. Ce n’est pas de la soumission – la soumission c’est quand le chien se couche ventre en l’air. Se coucher ventre à terre est un signal d’apaisement.

… Et plusieurs signaux d’apaisement peuvent même être utilisés simultanément. Par exemple, un chien peut uriner en même temps qu’il tourne le dos à quelque chose. Ceci est un signe clair pour calmer, par exemple, un chien adolescent embêtant.

Certains chiens, lorsqu’ils sont face à un chien craintif, réagissent comme des chiots, en sautant autour de lui, en « faisant l’idiot », en lançant des bâtons etc. C’est censé avoir, et cela a, un effet calmant.

Les rencontres

Une rencontre entre deux chiens qui ne se connaissent pas ne sera jamais basée sur des signaux de forte soumission ou sur ce que les gens appellent un comportement dominant. Une rencontre entre deux chiens ressemblera plutôt à ceci :

King et Prince s’aperçoivent à 150 mètres de distance et se dirigent l’un vers l’autre. Dès qu’ils se voient, ils commencent à s’envoyer des messages. Prince s’arrête et s’immobilise, King avance lentement tout en jetant des coups d’œil vers l’autre chien.

Comme King se rapproche, Prince commence à se lécher le nez intensément et tourne son flanc vers King en reniflant le sol. King est maintenant si près qu’il lui faut être encore plus apaisant ; il commence à contourner Prince – toujours  lentement, en se léchant lui aussi le nez. Prince s’assied et regarde au loin en tournant la tête de côté.

A ce moment, les deux chiens ont très bien « lu » leurs signaux respectifs et savent parfaitement s’ils peuvent aller de l’avant et se saluer, ou si les choses pourraient devenir tellement tendues qu’il est préférable de s’éloigner l’un de l’autre.

Ne forcez jamais les chiens à se côtoyer

Lors des rencontres, autorisez vos chiens à utiliser leur langage pour les sécuriser. Parfois, ils se rejoignent et vont ensemble, d’autres fois ils estiment préférable de garder une distance respectueuse – après tout, ils savent lire les signaux de leurs congénères, ils le font même à plusieurs centaines de mètres de distance, il n’y a nul besoin de se trouver face à face.

Au Canada, un éducateur canin ayant assisté à ma conférence, a trouvé un nouveau nom pour ces signaux d’apaisement : « le langage de la paix ». C’est exactement cela. C’est une langue qui permet aux chiens d’éviter les conflits et de les résoudre et de vivre ensemble en paix. Et les chiens sont experts dans ce domaine.

Prenez le temps de les observer et vous le verrez vous-même. Vous aurez probablement une meilleure relation avec votre chien et les autres chiens, une fois que vous réalisez ce que votre chien vous dit réellement. Il est probable que vous allez comprendre des choses que vous ne pouviez pas comprendre avant. C’est tout aussi merveilleusement excitant qu’éducatif.

Bienvenue dans le monde du chien et de la connaissance d’un tout nouveau langage !

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Envie d’en savoir plus ?

Je vous invite à lire ce livre qui vous en apprendra plus sur les signaux d’apaisement / signaux de communication, qui sont en fait le langage du chien. En fait, les aboiements et grognements ne sont pas les moyens principaux de communication chez le chien. Les 3/4 passent plutôt par une expression corporelle.

Cet ouvrage, cours, illustré et très accessible aux grand public vous permettra ainsi de mieux comprendre votre poilu. Je dis souvent que si vous ne deviez lire qu’un livre dans votre vie sur le chien, c’est bien celui-ci 😉 … Alors foncez le commander !

Vous trouverez également quelques articles à ce sujet en cliquant ici.

L’enfer… C’est les autres !

L’enfer… C’est les autres !

Article issu du site fidelecanin.

Le plus difficile en éducation canine n’est pas d’éduquer un chien, mais bien d’enseigner aux humains qui gravitent autour, à bien se comporter avec lui !

On le dit et le répète : votre canidė vous suivra dans le processus d’éducation que vous aurez adopté pour lui. Il fonctionnera en rapport avec ce qui est payant pour lui. Guider un chien à adopter de bons comportements par le renforcement positif et la punition négative, est gage de succès ! Si vous agissez de façon constante en renforçant les bons comportements et en ignorant les mauvais, votre compagnon canin apprendra vite et bien.

Mais vous en conviendrez avec moi, que les humains qui interagissent avec votre chien, viennent souvent perturber (et je dirais même saboter) ce processus.

Pourquoi ? Hé bien, il y a plusieurs causes à cet état de fait :

1. Beaucoup d’humains ne connaissent pas le langage canin, ni les canaux par lesquels l’apprentissage (des comportements appropriés ou non) se fait.

2. Ils ont eu un chien autrefois et pensent tout savoir sur la question.

3. Ils pensent que les animaux ne fonctionnent que par instinct et qu’ils ne vont faire que ce que leur nature profonde leur dicte de faire et pas plus.

4. Ils ne comprennent pas que faire faire une fois un comportement non désiré (exemple: faire monter le chien sur le divan propre du salon, juste pour ce soir parce qu’on a le goût de se coller sur lui), n ‘aura aucune conséquence sur son comportement futur et que le chien comprendra de lui-même que c’était une exception.

5. Ils ne s’informent pas de votre programme d’éducation que vous avez élaboré pour lui avant d’interagir avec lui.

6. Ils trouvent votre animal « cute » et irrésistible. Ils trouvent drôle le fait de lui faire faire des comportements dérangeants.

7. Et surtout : ils veulent se faire plaisir à eux en agissant avec votre chien comme si ils étaient nés dans la même portée! Ils se roulent par terre avec lui, ils le caressent quand il saute sur eux, ils lui donnent de la nourriture de leur assiette, ils lui font faire des choses que vous ne voulez pas, bref…. ils l’agacent jusqu’à lui faire perdre ses bonnes manières acquises avec tant d’efforts! L’humain agit ainsi comme un grand parent qui a la garde de son petit enfant et qui le gâte sans se soucier de ce que ses parents tentent de lui inculquer

Alors comment se prémunir contre ces humains qui pensant bien faire, « veulent trop le bien de votre chien » ? Voici quelques conseils qui vous aideront à gérer le comportement de ces humains :

1. Pour les gens qui vous fréquentent régulièrement, prenez le temps de leur dire ce que vous attendez d’eux AVANT qu’ils n’entrent en contact avec votre chien. Soyez précis. Par exemple, dites « ne parle pas à mon chien et ne le caresse pas, tant qu’il n’est pas assis ».

2. Pour les visiteurs occasionnels : placez à votre porte et à l’extérieur de celle-ci, une petite affiche toute simple mais qui en dit long: MON CHIEN EST EN APPRENTISSAGE, VEUILLEZ L’IGNORER (NE PAS LE REGARDER, NE PAS LUI PARLER ET NE PAS INTERAGIR AVEC LUI) ET ENSUITE, ATTENDRE MES INSTRUCTIONS. Cela vous sauvera bien des soucis.

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3. Pour les étrangers que vous côtoyez (surtout dans le cas d’un chiot ou d’un adulte en période de modification comportementale), procurez-vous un dossard EN ENTRAÎNEMENT, un dossard jaune et bien voyant. Vous verrez que la grande majorité des gens respecteront la consigne et n’interviendront pas auprès de votre chien. En vente chez BELI CONCEPT (et également chez CynoWebShop, code parrain 1912811 à entrer lors de l’inscription).

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4. Dernière consigne : pensez toujours à encadrer les gens qui entrent en contact avec votre chien. Peu importe son âge et sa condition et quelque soit la circonstance. Et surtout, enseigner le langage canin et encadrer les enfants !

Demeurez poli en tout temps. Dites-vous qu’ainsi, vous vous épargnerez bien du temps et de l’énergie que vous auriez mis à travailler des comportements inappropriés. Votre temps et votre énergie sont précieux. Tout comme le bien être de votre chien.

© fidelecanin

Niveau de stress chez le chien en analogie avec la marée montante

Niveau de stress chez le chien

en analogie avec la marée montante

stealthily.wordpress.com

Nous avions vu dans un précédant article ce qu’était le BAT (Behavior Adjustment Training), concept développé par l’américaine Grisha Stewart. Vous pourrez découvrir ici une illustration de cette approche fonctionnelle via une analogie avec la marée montante.

Éduquer son chien – la fin des idées reçues

Éduquer son chien – la fin des idées reçues

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Aujourd’hui je vous présente une page à suivre où vous trouverez dédié à 100% aux vidéos. Elles sont majoritairement orientées vers la gente canine mais vous trouverez également des vidéos d’autres espèces (chats, oiseaux, chevaux, etc…) … Et oui les lois de l’apprentissage sont communes à tous 😉

CLIQUEZ ICI

Bonne découverte !

Accepter nos chiens comme ils sont

Accepter nos chiens comme ils sont

Article issu du blog Marie Perrin.

En consultation de comportement ou lors des séances d’éducation, je vois parfois des chiens qui ont des problèmes. Mais je vois aussi (surtout ?) des humains qui ont du mal à accepter leur animal tel qu’il est, à faire le deuil du chien parfait, celui de leurs rêves, de leurs fantasmes ou de leurs souvenirs idéalisés. Celui qui ressemblerait au labrador apparemment formidable du voisin, ou du dalmatien si « gentil » des films pour enfants. Ce chien qui n’aboierait jamais, ne tirerait pas à la laisse, ne serait jamais surexcité, anxieux, irrité ou agressif. C’est à tous ces maîtres inquiets (insatisfaits ?) que je dédie ce nouvel article.

Volga piste les restes de nourriture, les quignons de pain et les excréments des autres animaux. Elle a été adoptée à l’âge adulte, dans un état famélique, après des années à l’attache dans un jardin. Volga désespère son nouveau propriétaire, qui pourtant l’aime énormément… Buddy le husky ne revient au rappel que quand il en a envie. C’est-à-dire presque jamais. Lumix le malinois tremble de peur dans la rue, et Looping le berger australien, que l’on prédestinait à de l’agility, a finalement un niveau d’énergie plus adapté à de l’obéissance.

Comme Volga, comme Buddy, Lumix ou Looping, bon nombre de mes « clients » à quatre pattes me sont éminemment sympathiques, et j’ai juste envie d’expliquer à leurs maîtres que leurs petits « défauts », certes parfois irritants, ou de prime abord décevants, ne sont en rien insurmontables ou rédhibitoires. En fait, ce que j’aimerais changer, c’est le regard que les propriétaires portent sur leurs toutous. Et pour cela, quoi de mieux que de vous parler de mes propres animaux ?

Tous mes chiens ont des défauts

Car oui, tous mes chiens ont des défauts, et parfois même bien plus conséquents que ceux de mes clients. Véda, ma première Saarloos, outre sa phobie de l’être humain (caractéristique de la race, mais chez elle poussée à un degré névrotique), prédate absolument tous les animaux qu’elle croise. Jusqu’à très récemment, c’était même son obsession : les chats, les lapins, les chevaux, les chèvres, les moutons, bref, tout ce qui portait plume ou poil, et pouvait être tué, dépecé, mangé. Je me souviens de ce jour de décembre 2004, quand je l’ai posée sur le sol de la maison, toute baveuse et tremblante de son long trajet en voiture, et qu’en croisant soudain le chat, elle s’est en un éclair ragaillardie ! Son regard s’est noirci, ses oreilles se sont redressées, tout son corps d’à peine 4 kilos a pris une allure altière. Véda, frêle chiot de deux mois, ne doutait pas une seule seconde de pouvoir faire entrer un troupeau de vaches dans le congélateur (ou dans son estomac) !

Puis Véda a grandi, pris en maturité et en assurance. Quand elle a eu 2 ans, nous avons eu droit à ses premières bagarres avec d’autres chiens (les nôtres en l’occurrence, les chiens avec lesquels elle avait grandi et cohabité depuis son arrivée chez nous). Et j’ai découvert à cette occasion ce qu’était une morsure tenue – mâchoire verrouillée, écoutilles auditives et visuelles verrouillées. Je n’étais pas encore comportementaliste. J’ai pris des avis : un vétérinaire m’a dit de laisser les chiennes régler leurs différends (je ne l’ai heureusement pas écouté), puis l’éleveuse de Véda m’a dit très fermement de la séparer définitivement des autres chiennes, ce que j’ai fait. Aujourd’hui, je sais qu’elle a eu raison de me donner ce conseil, et que j’ai eu raison de l’écouter. J’ai minimisé le stress lié à une impossible cohabitation, et surtout nous avons évité un bain de sang.

Pourtant, Véda reste mon grand amour canin. Je sais qu’elle est dangereuse pour les autres chiens. Je sais aussi qu’elle est très différente du chien de famille idéal : destructrice, solitaire, hystérique, têtue et volontaire, malpropre… mais aussi tellement tendre, tellement caressante, tellement entière dans ses émotions, son affection comme ses inimitiés.

Ambra la vorace

Ambra, petite tchécoslovaque de bientôt 10 ans, a intégré la maison il y deux ans et demi. Comme Volga, Ambra est obsessionnelle sur la nourriture. En promenade, elle me tire parfois avec une vigueur et une brutalité inattendues parce qu’elle a senti, trois mètres devant ou derrière nous, une betterave en décomposition. Qu’elle s’empresse évidemment d’ingérer, quitte à la vomir 15 minutes plus tard. Je sais anticiper, je sais troquer, je sais aussi ignorer. J’ai surtout appris à la laisser faire, et à lui faire confiance. En effet, ce qu’elle mange est toujours comestible (peu ragoûtant, voire pire, mais néanmoins comestible). Au début, les promenades en période de récolte des betteraves sucrières ressemblaient à un parcours de « Koh-Lanta », mais maintenant, Ambra s’est bien apaisée, et avec de la motivation et de quelques friandises, nous réussissons à traverser des champs minés sans encombre majeur !

En accueillant Ambra, je savais également qu’elle présentait des conduites agressives. Avec Véda, j’ai pris l’habitude de gérer le risque, de le minimiser. A la maison mais aussi en promenade. Du coup je me suis dit qu’une « compliquée agressive » de plus, cela ne me dérangerait pas. Bien sûr, j’ai aussitôt démarré le contre-conditionnement, selon les techniques que j’enseigne à mes clients. Non seulement Ambra a été une excellente élève mais de surcroît, ses conduites agressives étant liées à de la peur, il m’a rapidement été possible, en augmentant sa confiance en elle, de la mettre au contact d’autres chiens. Avec de la patience, de l’observation, des expériences positives, en la laissant découvrir et apprendre à son rythme, elle est devenue une chienne que je qualifierais de sociable et d’aimable.

Aujourd’hui, elle est celle de mes chiens en qui j’ai le plus confiance. Elle est facile, lisible, prévisible, un vrai chien, sans entourloupes ni réactions bizarres. Néanmoins, si je suis très heureuse de pouvoir maintenant lâcher Ambra en toute quiétude, je puis affirmer que si cela n’avait pas été possible, cela ne m’aurait pas embêtée. Bien sûr, je ressens un très grand bonheur à la voir vivre sa petite vie lors des lâchers collectifs, entourée d’une vingtaine ou d’une trentaine de chiens, voire d’une dizaine de chiots… Mais je ne l’avais pas prévu, c’est juste, en quelque sorte, la cerise sur le gâteau.

Et Namasté le parfait ?

Namasté, que nombre de mes clients doivent percevoir comme le chien idéal, a lieu aussi ses petits « défauts » (sisi !) Par exemple, il piaille comme un goret qu’on va passer au couteau à chaque départ de promenade. Il bondit, me bouscule, parfois même me fait mal. J’ai tout tenté, presque en vain. Pourquoi ? Notamment parce qu’il y a un paramètre sur lesquels je n’ai quasiment pas de pouvoir : la manière dont Véda, en estimant m’aider à le canaliser ou à le calmer, fait monter la pression et rend Namasté hystérique.

Par ailleurs, depuis qu’il est bébé, Namasté «cause», fait des colères : il hulule, s’énerve, est capable d’uriner ou de déféquer puis de tout piétiner, de détruire tout ce qui passe à portée de ses crocs. Et ? Eh bien rien : Namasté a des défauts, comme celui de faire les poches des clients en éducation (qui fréquente nos séances connaît la petite rengaine de Namasté – « miam miam les bonnes friandises, et si je me servais, ni vu ni connu ? »), mais je l’aime comme il est. Il a sa personnalité, son tempérament. Pour un Saarloos, il est déjà exceptionnel, intelligent, bon, facile à « driver », pourquoi ne le laisserais-je pas être aussi impétueux, colérique et chapardeur ?

Faire le deuil du chien idéal

On a tous dans la tête un chien idéal. Un chien sans défauts apparents, un chien conforme à sa fiche de race, à ce qu’on en a imaginé, ou à ce qu’on voudrait pour nous, en fonction de notre tempérament et de nos attentes. Et puis il y a la réalité de ce chien-là, le nôtre, avec son histoire, son bagage génétique, ses apprentissages, notre relation.

Les border collies ne sont pas « juste » hyperactifs, ils peuvent aussi présenter nombre de comportements dérangeants : prédation des voitures ou des vélos, morsures de peur ou de mise à distance, « sticky dog syndrome ». Certes, ces désagréments ne sont pas toujours drôles pour les propriétaires, mais en même temps, la somme de ces désagréments définit-elle la totalité du chien ? Non, pas du tout. Avec l’aide d’un comportementaliste ou d’un éducateur, certains de ces comportements peuvent s’éteindre ou trouver des exutoires. D’autres malheureusement vont perdurer, et nécessiteront que les propriétaires sachent faire preuve d’adaptabilité.

« Et alors ? », ai-je envie de dire ! Est-ce si important que ça ? Notre rôle, en tant que propriétaire, c’est d’apprendre à connaître notre chien, ce chien-là, si particulier, si unique, avec ses doutes, ses limites, ses failles. Et de nous adapter pour que notre (longue) vie en commun soit la plus paisible et la plus agréable possible. Regardons les qualités de nos chiens avant de nous arrêter sur leurs défauts, et profitons de chaque moment que nous pouvons passer en leur compagnie, car le temps passe si vite…

© Marie Perrin